Saison des pluies

Publié le par Helene

GALERIE PHOTOS

Nous retrouvons Kauana en Mars, bien avertis que c'est la saison des pluies ...Les routes sont défoncées, la baie est parfois rouge de boue, deux fois par jour et par nuit  de très fortes averses règlent la vie à bord...et la chaleur ne se fait pas oublier...La vie du Yacht Club n'a pas changé , avec un peu d'animation le week-end quand les familles viennent prendre un verre au soleil couchant tout en surveillant la baignade des enfants.

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Nous reprenons nos balades quotidiennes autour de la pointe, entre les bateaux qui rentrent et les singes qui attrapent les mangues vertes... 

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Les échanges sont limités, à cause de la langue : Tanga n'est pas une ville touristique, les gens dans la rue ne parlent pas anglais. Mais on nous connaît, des enfants trop heureux d'apprendre quelques mots en français, nous envoient des " Bonjour!" "Comment ça va ?" en passant et repassant en vélo. Les mamans qui vendent des chips et des bonbons sur cette route de balade nous interpellent : " Hi Bibi ! " . "Bibi" et "Babu" signifiant Mamy et Papy ! c'est très affectueux...et elles s'efforcent de nous inculquer quelques mots de swahili...

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Je suis très frustrée de ne pas emmener mon appareil photo , il y a tellement de visages magnifiques et expressifs...Mais ici on n'aime pas être photographié, je me suis souvent heurtée à des regards hostiles, ou soumis, ce n'est pas ce que je recherche ...Quelques clichés obtenus avec mon telephone quand les gens eux-même se font des selfies : 

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Même au marché j'hésite à prendre des photos ..quelques unes quand même , mais à peine consenties.

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Au mouillage, il y a deux nouveaux voiliers : un navigateur solitaire français , qui fabrique des bijoux à bord de son bateau et rentre bientôt en France pour les vendre, et un autre français, retraité de l'ONU qui vit à Arusha et vient de temps en temps... Nous voyons aussi Patrick et Maria qui habitent à terre : Patrick  a du mal à digérer la perte de son bateau dans le cyclone de Mayotte, après 25 ans de tour du monde.. Maria mène sa fabrique de savons et produits écolo, une femme battante comme on en voit parfois sortir du lot alors que la misère règne. Ils sont très sympas tous les deux...

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Nous ne manquons pas de choses à faire sur le bateau: enrouleur de trinquette, pompe de douche, pompes de cale, cosses de batteries, alternateur, éolienne, matelotage  ...

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Nous avons un aide efficace qui vient volontiers  à bord : Rasta.

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Il a travaillé sur les boutres, il sait ce qu'est un bateau, on peut lui confier une mission en tête de mât comme à fond cale, il écoute et se débrouille toujours très bien. On n'imagine pas dans nos pays développés avoir à la demande une telle main d'oeuvre, disponible, compétente et si peu chère...Il n'y a pas d'embauche et le salaire horaire officiel est environ 25 centimes d'euro . On a  une sacrée marge pour gâter Rasta en rémunération !  On est même vite submergés de demandes de travail : nettoyer la coque, recoller nos chaussures, laver notre linge ...Du coup on s'est lancé dans la fabrication d'un corps mort : deux gros pneus remplis de béton, reliés par un fer ...La difficulté a été de le transporter: rien ne leur fait peur : 5 bonshommes sur deux bateaux avec un petit moteur hors bord, hakuna matata! 

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Le temps s'améliore un peu , nous partons vers Pemba, une ile en face de Tanga, proche de Zanzibar...
Beau temps?  Des trombes ...de vent, d'eau :

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Paysages de lagon, au Nord de Zanzibar :

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Construction de boutres et pirogues sur la plage, au milieu des hôtels, avec des outils plutôt rudimentaires :

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A Pemba : des champignons coralliens comme on en a souvent vus dans le Pacifique: 

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Va et vient des boutres et des pirogues , manoeuvrés avec une habilité incroyable, on ne se lasse pas du spectacle :

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A Pemba on a franchi encore un pas dans le passé ! L'ile est restée longtemps fermée aux visiteurs. Sous le contrôle du Gouvernement Revolutionnaire de Zanzibar elle s'ouvre un peu , avec beaucoup de restrictions sur les possibilités d'exploration! A Wété où nous faisons les papiers d'entrée , pas de problème. Au marché on trouve à peu près ce qu'on veut , mais quand on demande un supermarché ...personne n'a la réponse! 

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Sur le quai les boutres débarquent des sacs de sable, cailloux, bois, fruits, oignons ...

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Des barques surpeuplées emmènent les pêcheurs dans les ilots : la peche se fait avec une grande seine et une quinzaine de personnes dans l'eau qui rabattent le poisson .

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Aux grandes marées on voit ces barques débarquer des dizaines de femmes : elles passent la matinée pliées en deux, la tête dans l'eau, parfois sans masque, à chercher des coquillages qu'elles vendent en brochettes au marché . Le soir le bateau vient les rechercher...

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Cherchant des mouillages plus tranquilles nous jetons l'ancre un soir devant une plage où on aperçoit quelques cahutes en cocotier et deux pirogues : un campement de pêcheurs. Nous allons faire un tour à terre, un jeune homme qui parle trois mots d'anglais nous prend par la main et nous emmène voir leur installation autour d'une source, leur terrain de sport , plus que simplifié ," c'est pour faire de l'exercice" ; au passage il nous montre comment les gousses de mangrove prennent racine...Ses compagnons ne disent rien, ils nous regardent comme des bêtes curieuses...On imagine que ce jeune homme est là momentanément , au milieu des pêcheurs, peut-être envoyé en mission pour les éduquer à une vie saine dans les iles ...ça nous rappelle des endroits très retirés du Brésil où des villages étaient assistés par une fondation humanitaire qui leur envoyait des techniciens pour leur apprendre avant tout le respect des ressources naturelles...En tous cas on comprend qu'il ne faut pas aller se balader tout seuls.

Nous restons là quelques jours. L'eau est claire, il n'y a pas grand chose à y voir mais c'est agréable. Le va et vient des pêcheurs à la voile est superbe ...Tous les jours des plongeurs écument les fonds ; ils viennent nous proposer des seiches ou des poulpes, il n'y a plus de poisson...

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Un soir des pêcheurs arrivant de l'extérieur de l'ile, s'arrêtent et nous vendent un magnifique thon yellow, presque dix kilogs...On en garde un peu pour nous, pour faire quelques conserves,  et on amène le reste à terre, comme on a toujours fait dans le Pacifique: on ne jette pas , on partage...Notre jeune homme n'est pas là. Les autres nous regardent bizarrement et finissent par prendre le poisson. Une heure après, nous sommes au bateau, on nous appelle de la plage. C'est Abdullah, il nous attend avec une marmite pleine de ...tout notre poisson, bouilli tout ensemble: tête, abats, ventre...quel gachis! On lui dit que c'etait pour eux, un cadeau ...Il nous force à le reprendre..on insiste...non, non on doit tout emmener ...Un homme, tout seul,  se précipite avec une boite qu'il tend pour qu'on la lui remplisse : il n'est peut-être pas de la même religion? ou de la même culture ?  Nous repartons avec cette bouillie infâme et revenons une heure après pour leur ramener leur chaudron...Abdullah nous attend, je lui tends un paquet de biscuits : " Pour vous remercier d'avoir cuit le poisson". Il l'accepte...Ouff !!

On a tellement l'impression de ne rien comprendre, d'être dans un monde si différent de ce qu'on connaît, qu'il n'y a pas de compréhension possible, ce n'est pas qu'un problème de langue...Lorsque nous raconterons nos histoires à Tanga, ne serait-ce qu'à Rasta, on nous dira : " A Pemba ils sont spéciaux ..depuis des générations ils restent entre eux, ils  se méfient des étrangers..." 

Notre erreur a probablement été de rester trop longtemps au même endroit. On intrigue : " Qu'est ce qu'ils font là ? ".  C'est la question qu'on nous pose souvent, même à Tanga!

Je poste cet article alors que nous terminons de fermer Kauana , prêt pour une remontée vers la Mer Rouge en Septembre si la situation internationale le permet...Nous le laissons à nouveau pour trois mois,  sur son corps-mort et sous la bonne garde d'Hassam, Simon, Rasta et Idd le manager du Yacht Club. 

Départ à 5 heures du bateau, bus à 6 h , nous prendrons l'avion à Moshi, Kilimandjaro airport. Au passage nous nous arrêtons dans l'hotel-ferme au pied du Kilimandjaro que nous avions bien aimé, nous y sommes accueillis comme en famille!

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Mais là aussi  on intrigue : à l'aéroport le douanier refuse de nous laisser partir : les touristes viennent pour deux semaines de safari au Serengetti ou plage à Zanzibar..."Qu'est-ce que vous faites à Tanga pendant trois mois?" On appelle Idd , le manager du YC , il explique pendant un quart d'heure au douanier que nous nous occupons de notre bateau ....Le douanier nous rend nos passeports..très dubitatif! certains diront : déçu de ne pas avoir obtenu un billet ....

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